jeudi 8 mai 2014

Les impacts de la réforme des retraites de 2014

La retraite ou le monde des bonobos :
Connaissez-vous les bonobos ? C’est trois petits singes dont l’un se cache les yeux, l’autre les oreilles et le dernier la bouche. Et bien il s’agit d'une parfaite image pour illustrer la situation des retraites en France aujourd’hui :
  • les français ne veulent pas voir qu’il faut qu’ils constituent eux-mêmes leur retraite,
  • les partenaires sociaux ne veulent entendre parler d’aucune réforme,
  • et les politiques ne veulent pas en parler pour éviter de faire des vagues…

Tout le monde s’accorde à le dire, tout le monde le sait, mais personne ne bouge.

Le système actuel des retraites basé sur le régime par répartition est en péril pour deux raisons principales :
  • D’une part l’allongement de la vie qui a pour conséquence l’augmentation de la durée de versement des retraites. En effet, selon une source de l’INSEE, en 2010 l’espérance de vie augmentait en 1 an de 4 mois tant pour les hommes (78,1 ans) que pour les femmes (84,8 ans).
  • D’autre part le déséquilibre croissant entre le nombre de retraités et le nombre d’actifs. Alors qu’il y avait 2,2 actifs pour 1 inactif de 60 ans ou plus en 2005 selon une source INSEE, on n’en compterait plus que 1,4 en 2050…

En moins de 20 ans, 4 grandes réformes des retraites se sont succédées. Tous les experts s’accordent pour dire que la réforme de 2014 ne sera pas la dernière ! En effet, aucun politique à ce jour ne veut prendre les mesures qui seraient nécessaires mais qui seraient extrêmement impopulaires. Cependant à vouloir toujours reculer les décisions à plus tard, nous risquons de nous retrouver très rapidement dans une situation explosive où il faudra diviser le montant des pensions ou rallonger encore plus les durées de cotisations Car que se passera-t-il en 2050 ? A 1,4 actif pour 1 retraité et à cotisations constantes, le montant des pensions ne représenterait plus que 60% de celles versées actuellement.
Il devient donc dangereux d’attendre après l’état et les caisses de retraites pour s’assurer d’un montant minimum de pension. Il est donc impératif, pour maintenir votre niveau de vie à la retraite, de mettre en place des solutions individuelles.

Les nouveautés de la réforme des retraites 2014 :
Allongement progressif de la durée de cotisation
La durée de cotisation passera progressivement à 43 ans d’ici 2035 pour les salariés. Ce passage va se réaliser au fur et à mesure en fonction des différentes tranches d’âges.
Le tableau ci-après vous permet de voir la durée de cotisation nécessaire pour pouvoir prendre votre retraite en fonction de votre année de naissance.
Année de naissance
Durée de cotisation
1958 – 1959 – 1960
41 ans et 3 trimestres
(soit 167 trimestres)
1961 – 1962 – 1963
42 ans
(soit 168 trimestres)
1964 – 1965 – 1966
42 ans et 1 trimestre
(soit 169 trimestres)
1967 – 1968 – 1969
42 ans et 2 trimestres
(soit 170 trimestres)
1970 – 1971 – 1972
42 ans et 3 trimestres
(soit 172 trimestres)
1973 et les générations suivantes
43 ans
(soit 172 trimestres)

Hausse du montant des cotisations vieillesse
La hausse sera progressive pour atteindre un taux de cotisation de 7,15% en 2017.
Le gouvernement a prévu d’augmenter les cotisations vieillesse, patronales et salariales de 0,6 point d’ici 2017, avec un premier palier de 0,15% en 2014, puis de 0,05% les années suivantes. Les salariés ont d’ailleurs pu voir le montant de leur salaire net baisser légèrement début 2014.

Année
Hausse des cotisations patronales
Hausse des cotisations salariales
Hausse totale des cotisations
2014
0,15%
0,15%
0,30%
2015
0,05%
0,05%
0,10%
2016
0,05%
0,05%
0,10%
2017
0,05%
0,05%
0,10%
Total
0,30%
0,30%
0,60%

Au final, en 2017, l’accroissement des cotisations sera de 0,3% pour les salariés et de 0,3% pour les employeurs.

Création d’un compte personnel de prévention de la pénibilité
A partir du 1er janvier 2015, ce compte ouvrira droit à attribution de points que le salarié pourra convertir en une formation pour un métier moins pénible ou pour financer un temps partiel mieux rémunéré ou encore pour obtenir un bonus de trimestres et partir plus tôt à la retraite.
Autant le dire tout de suite, il s’agit d’une mesure politique élaborée par des personnes très éloignée de la vie des entreprises. Comment mesurer la pénibilité ? Doit-on prendre en compte les critères physiques de la personne ? Après tout, que l’on soit grand ou petit pour un emploi donné peut entraîner une pénibilité plus ou moins grande elle aussi. Une meilleure revalorisation des salaires pour les emplois dits pénibles aurait été beaucoup plus simple et efficace : elle aurait permis à ces personnes de vivre mieux en dehors de leur travail grâce à une meilleure rémunération. Le salaire plus élevé aurait permis également de cotiser de manière plus efficace pour la retraite et donc de partir plus vite pour ces personnes…

Il est réservé aux salariés des employeurs de droit privé et au personnel des personnes publiques employé dans des conditions de droit privé.

Il est financé par 2 cotisations patronales supplémentaires. Et dire que l’on nous a promis un choc de simplification et une baisse des charges… Voici donc 2 nouvelles lignes de cotisations qui vont apparaître sur les bulletins de salaire déjà bien remplis…

Amélioration de la prise en compte des interruptions de carrière
(décret d’application à paraître)
Heureusement cette réforme a au moins un point positif : l'amélioration de la prise en compte des interruptions de carrière. On a ainsi une prise en compte complète des trimestres d’apprentissage pour les apprentis.
De même on a une prise en compte de 4 trimestres au titre du chômage, 2 trimestres au titre de l’invalidité et de tous les trimestres de congé maternité pour le bénéfice de la retraite anticipée pour carrière longue.
Pour les temps partiels, les apprentis, les titulaires de contrats en alternance ou de professionnalisation, il est possible d’acquérir 1 trimestre avec 150 heures SMIC de cotisations contre 200 heures précédemment.
Enfin il est possible de racheter des trimestres d’études à tarif préférentiel.

Bon à savoir
La réforme prévoit également d’instaurer un « comité de suivi des retraites » composé de 5 personnalités. Il remettra, chaque année, un rapport analysant la situation comparée des hommes et des femmes en matière de retraite et indiquera s’il estime que notre système de retraite s’éloigne de façon significative de ses objectifs d’équité, de pérennité financière, de niveau de vie des retraités… Il s’agit là encore ni plus ni moins qu’un énième comité Théodule qui rendra un rapport annuel qui ne sera lu par personne, dont les frais de fonctionnement  n’iront qu’en s’amplifiant chaque année (nos politiques ont tendance à confondre d’ailleurs « s’amplifier » et « simplifier »…)

Tous les ans, il est prévu également que le gouvernement organise un débat sur les orientations de la politique des retraites dans la fonction publique avec les syndicats de fonctionnaires. Il s’agira d’un nouveau goulot d’étranglement à décision : au lieu de libérer le pouvoir de décision on l’enferme dans des comités constitués de parties opposées qui préfèrent le statut quo à une décision qui pourrait aller à l’encontre de leurs intérêts. Au diable cet immobilisme ! 




Ce que les 3 dernières réformes ont changé
1993
Réforme
Balladur
La durée de cotisation pour une retraite à taux plein passe de 37,5 à 40 ans.

Les pensions sont calculées sur les 25 meilleures années et non plus sur les 10. Elles sont indexées sur l’indice des prix à la consommation et non plus sur les salaires.
2003
Réforme
Fillon
La durée de cotisation pour une retraite à taux plein passe progressivement à 41 ans et celle des salariés du public est progressivement alignée sur celle des salariés du privé.

Une décote est créée pour un départ à la retraite sans avoir atteint la durée de cotisation légale et une surcote pour ceux qui décident de travailler au-delà de l’âge requis.

Sont créés le PERP (Plan d’Epargne Retraite Populaire) qui permet aux Français de préparer leur retraite à titre individuel avec des économies d’impôts à la clé et le PERCO (Plan d’Epargne pour la Retraite Collectif).
2010
Réforme
Woerth
L’âge légal de la retraite est repoussé à 62 ans pour les générations nées après 1955.

L’âge pour bénéficier d’une retraite à taux plein, sans avoir cotisé tous les trimestres requis, est repoussé à 67 ans.

Révision du dispositif « carrières longues » pour permettre aux personnes ayant commencé à travailler à 18 ans de partir plus tôt à la retraite.

Dispositions plus avantageuses pour les jeunes en chômage non indemnisé, les femmes ayant perçu des indemnités maternité et les personnes en incapacité de travail supérieur à 20% du fait d’une situation d’usure professionnelle.

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